HAITI - TECHNOLOGIE

L'Internet arrive et le téléphone se fait encore attendre.

Par Ives Marie Chanel

Il y a trois mois l'Internet était peu connu en Haïti. Les gens qui y accédait directement le payait cher en plaçant un appel international pour atteindre des serveurs placés aux Etats-Unis.

L'Internet est devenu cependant un mot très à la mode depuis qu'une compagnie locale en a donné l'accès par un simple appel local en juillet dernier.

Plus de 200 clients sont déjà branchés sur le réseau à côté de 300 utilisateurs du courrier électronique. Avec ce dernier service utilisé en grande partie par les organismes non-gouvernementaux (ONG) et les entreprises commerciales; la compagnie, Alfa Communication Network (ACN) fait une nette concurrence à la compagnie nationale de téléphone réduisant entre autres de 50% à 75% le coût de transmissions de messages par télécopieur (fax) ou par courrier électronique.

La ACN détient ainsi un monopole de fait dans l'exploitation de ces services ici.

" Nous avons une situation de quasi monopole du fait que le facteur de risques dans cet investissement était grand et les potentiels entrepreneurs n'avaient pas voulu l'assumer " déclare à IPS, Shiller Jean Baptiste, le directeur de la compagnie.

Le contrat liant la compagnie au Conseil National des Télécommunications (CONATEL) - un organisme public chargé de l'octroi des licences et du contrôle dans le secteur des communications - fait obligation à cette dernière de verser au gouvernement en plus des 10 % de taxes sur le chiffre d'affaires (TCA) et de l'impôt sur le revenu, un montant équivalent à 10% des transactions annuelles brutes.

La compagnie est tenue aussi de fournir gratuitement l'accès à l'Internet aux centres universitaires et institutions de recherche.

La venue de l'Internet est considérée ici comme un paradoxe dans certains milieux. Elle fait ressortir la dualité quotidienne entre la course vers la modernité entretenue par une minorité et l'archaïsme dans laquelle se débat encore la grande majorité de la population .

"Ce que je vais dire est antagoniste. C'est un secteur d'activité d'avenir dans un pays où le taux d'analphabétisme est élevé, où les infrastructures font défaut et où les structures d'information sont traditionnels. C'est un marché de masse mais la masse est au fond réduite quand on regarde la quantité d'entreprises qui fonctionnent", dit Jean Baptiste.

Le directeur de la ACN est malgré tout très confiant . Sa compagnie qui a investi près d'un demi million de dollars en équipement et installations pour pouvoir offrir ce service espère brancher d'ici deux ans, 4000 clients si les problèmes téléphoniques sont résolus dans le pays.

Dans les faits, depuis que son système a été mis au service du public en juillet dernier, la Alfa Communication Network (ACN) n'arrive pas à répondre à des demandes d'installations ni garantir une connexion régulière.

Les dirigeants de cette compagnie expliquent la situation par l'incapacité de la compagnie locale de téléphone à leur attribuer une centaine de lignes qu'ils auraient sollicité pour faciliter l'accès au réseau Internet par un simple appel local.

Les Télécommunications d'Haïti (Téléco) avaient attribué à la ACN pour débuter ses opérations 8 lignes d'accès dont 25 % tombaient en panne régulièrement . Le palais présidentiel, considéré comme l'un des plus importants utilisateurs avec son réseau de 40 postes d'ordinateurs fixes et d'une trentaine d'ordinateurs portatifs monopolise assez souvent en permanence une des ces lignes d'accès qui devraient aussi desservir les deux cents utilisateurs.

Pour contourner ce problème, certaines institutions comme la Mission d'Appui des Nations Unies pour Haïti (MANUH) ont décidé d'installer leur propre réseau de liaison - radio avec le site local basé dans la région industrielle de la capitale.

"Si je fais une évaluation globale de la vente de ce service en Haïti, je crois que les difficultés d'accès causées par le manque de lignes téléphoniques est la chose la plus grave", estime Garry Saint Germain, un technicien engagé dans le cadre d'un projet du PNUD pour la mise en place d'un système de gestion de l'information et d'appui à la prise de décision de la présidence haïtienne.

"Il y a un manque de compréhension au niveau des responsables de la compagnie nationale de téléphone. Malgré la grande qualité technique du travail réalisé par la ACN, la compagnie a péché au niveau de son plan stratégique et n'a pas agi afin de sensibiliser et d 'influencer les autres secteurs y compris la compagnie de téléphone. Je leur reproche aussi un manque de suivi au niveau du service après vente" avance Saint Germain.

La compagnie nationale de téléphone a débuté la semaine écoulée l'installation de 18 lignes additionnelles pour le vendeur de Internet mais les responsables de la ACN jugent que ces nouvelles lignes contribueront à améliorer le service sans toutefois perdre de vue leurs objectifs de 100 lignes.

"Les problèmes d'octroi de lignes téléphoniques pour l'accès à Internet sont dus a un problème de réseau auquel face la compagnie dans la zone d'installation de la compagnie ACN", a fait savoir Jean Jaunasse Elysée, le directeur de la compagnie de téléphone.

La compagnie nationale de téléphone dans laquelle la Banque Centrale Haïtienne détient 96 % des actions qui fait aussi l'objet avec 7 autres, du programme de modernisation des entreprises publiques du gouvernement n'arrive pas à satisfaire les demandes de la clientèle.

Aujourd'hui, plus de 100.000 demandes d'installation de téléphone à travers le pays sont sur la liste d'attente. La plupart de ces demandes remontent à plusieurs années. Certains clients ont même déjà payé les frais d'installation pour de nouvelles lignes.

Des problèmes de réseaux ou de centraux saturés, il y en beaucoup dans ce pays ou le ratio de téléphone est de 0.8 pour 100 habitants. Le parc téléphonique national est constitue de 63.000 lignes alors que la capacité installée des centraux avoisine 200.000 lignes.

Le directeur de Téléco espère arriver à l'installation de ces 200.000 lignes d'ici un an. Il a promis pour décembre prochain, d'installer 19.000 lignes a la capitale et 45.000 lignes additionnelles dans la banlieue bourgeoise de Pétion-Ville située à 6 km à l'est du centre commercial.

En ce sens, deux contrats ont été signés avec les compagnies américaine et française Nortel et Alcatel pour l'augmentation de la capacité de certains centraux et la construction de nouveaux réseaux.

Un programme de téléphonie rurale visant l'installation de près de 600 postes dans les différentes communes du pays de même que la mise en place d'un réseau bancaire sont aussi en voie d'exécution.

La Alfa Communication Network (ACN) dispose en Haïti d'un serveur permettant l'accès direct à l'Internet au tarif local. L'ACN réclame US $130 pour les frais d'installation et US $16.30 pour une connexion de 20 heures par mois. Le service est offert gratuitement aux universités et grandes écoles. L'ACN qui a investi en Haïti, près d'un demi million de dollars en équipements et installations pour pouvoir offrir ses services, fait une nette concurrence à la compagnie nationale de téléphone. Les coûts de transmissions de messages par courrier électronique sont de 50 à 75% moins cher que les tarifs de la Téléco...

Actuellement, un peu plus de 200 abonnés sont branchés sur le réseau Internet en Haïti. Ils sont plus de 300 à disposer d'une adresse du courrier électronique (E-mail). Si les problèmes téléphoniques sont résolus dans le pays, l'ACN espère relier d'ici deux ans, 4.000 clients haïtiens au World Wide Web.

Article extrait du site Internet de Haïti On Line - Octobre 1996


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